Conception : Antoine Lorenzi
La parole est définie comme la faculté d’exprimer une pensée par un système de sons articulés respectant un code commun, la langue. De manière schématique, la parole est « bi-axiale » : elle met en œuvre l’émetteur qui transmet un message par une production orale et le récepteur capable de l’intercepter et de l’interpréter. En conséquence, on peut décrire deux sous-systèmes principaux : la production et la perception de la parole.
Production orale : phonation
La production de parole peut être dissociée en quatre étapes fondamentales : une phase psychique, celle de l’intention de parler, une phase linguistique où s’élabore notamment le choix des mots, une phase physiomotrice pendant laquelle est activé le système phonatoire et une phase acoustique qui marque l’évolution du signal vocal.
Soufflerie pulmonaire
Pour produire un son, il est fondamental qu’un flux d’air contrôlé soit émis. Ceci est permis par les poumons et les muscles respiratoires qui, respectivement, stockent l’air et contrôlent le flux d’air. En phase phonatoire, nous utilisons un flux d’air égressif (expiration), alors que le flux d’air ingressif (inspiration) permet, lui, de renouveler l’air des poumons. Dans ce dernier cas, il est possible d’émettre des sons mais ils paraîtront plus étouffés car le système phonatoire n’est pas physiologiquement conçu pour fonctionner en inspirant.
| image soufflerie |
L’ensemble des muscles respiratoires (intercostaux, abdominaux, diaphragme) assure à la fois le renouvellement d’air dans les poumons et également le contrôle du flux d’air expiratoire nécessaire à la phonation. |
Bruits vocaux
Pendant la phase phonatoire, nous mettons en vibration les molécules d’air sortant des poumons par l’intermédiaire des cordes vocales, d’un rétrécissement du conduit vocal ou les deux à la fois. Ainsi, avant que ces vibrations deviennent des sons de parole, elle sont des bruits de nature et d’origines différentes.
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La figure A schématise la forme du conduit vocal (en bleu) avec à sa base les cordes vocales (en rouge). La figure B représente une vue supérieure des cordes vocales qui ont la capacité de vibrer sous l’impulsion de l’air sortant des poumons. |
Bourdonnement laryngé
Ce bruit a pour origine le hachement de l’air sortant des poumons par les cordes vocales. Celles-ci s’ouvrent et se referment à une fréquence qu’on appelle fondamentale (homme : ≥100Hz, femme : ≥200Hz, enfant : 250-400Hz). Par la suite, cette vibration s’enrichit de fréquences donnant naissance au bourdonnement laryngé.
Exemples : Faites le son « a » en posant votre main sur la pomme d’Adam, vous sentirez alors la vibration des cordes vocales qui témoigne du bourdonnement laryngé.
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Ce graphe représente le spectre du bourdonnement laryngé avec sa composante la plus grave, la plus énergétique (le fondamental) et ses composantes harmoniques dont l’intensité décroit lorsqu’on évolue vers les hautes fréquences. |
Bruit d’explosion
A la différence du bruit de constriction, l’étrécissement du passage est total, ce qui marque un arrêt du flux d’air, avant un brusque relâchement de celui-ci (ou explosion). C’est le cas des sons « p », « t », « k », « b », « d », « gu », « m », « n », « gn », « l ». Pour ces trois derniers sons, vous remarquerez également, si vous posez votre main sur la pomme d’Adam, que les cordes vocales vibrent.
Phase articulatoire
Cette étape fondamentale est souvent décrite comme la transformation des bruits vocaux en sons de parole. En effet, par le biais de l’articulation, nous sommes en mesure de créer une multitude de sons de parole appelés phonèmes ; on y distingue notamment les voyelles et les consonnes.
Consonnes
Par l’articulation (position de la langue, ouverture de la bouche, position des lèvres, ouverture du velum donnant accès à la cavité nasale,…), les bruits de constriction ou d’explosion, accompagnés ou non d’un bourdonnement laryngé, sont modelés afin d’obtenir des consonnes bien distinctes.
Exemples :
- faire le son /s/ puis déplacer doucement la langue vers l’arrière : on obtient alors le son « ch »;
- lorsqu’on abaisse le velum (arrière du palais) le son /b/ devient /m/ (consonne nasale);
- lorsqu’on est enrhumé, on ne peut plus dire "enrhumé" car l’accès à la cavité nasale est bloqué ; de ce fait, on dit "enrhubé".
Voyelles
Le bourdonnement laryngé transite le long des cavités pharyngienne, buccale et nasale, qui agissent sur ce dernier comme un système de filtrage dont les caractéristiques sont liées à l’articulation. Grâce à celle-ci, nous modifions la conformation de nos résonateurs vocaux et, par extension, les paramètres de filtrage ; ce qui offre la capacité de créer une multitude de sons qu’on appelle voyelles.
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L’image de gauche représente le spectre du bourdonnement laryngé provenant du larynx. Celle du centre les résonances arbitraires des différentes cavités du conduit vocal qui influent sur le bourdonnement laryngé. Enfin, l'image de droite montre la forme du spectre du signal vocal. Les pics observables sont appelés « formants » et jouent un rôle fondamental dans la perception des voyelles et de certaines consonnes. |
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Cette vidéo témoigne de la modification d’articulation nécessaire à la création de 7 voyelles : « a, é, i, u, ou, o, eu ». |
Remarque : prononcez la voyelle « a » à voix normale puis en chuchotant, vous ne sentirez plus la vibration au niveau de la pomme d’Adam. En effet, lorsque nous chuchotons, nous n’utilisons pas le bourdonnement laryngé pour créer une voyelle mais uniquement le flux d’air expiratoire.












